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Le beau souvenir d’Anne-Lorraine Schmitt

Un an après la disparition de la jeune femme, assassinée dans le RER D, un ouvrage retisse avec délicatesse les fils de sa vie

 

Il y a juste un an, le 25 novembre 2007, Anne-Lorraine Schmitt mourait dans une rame du RER D, entre Paris et Chantilly, sous les trente-deux coups de couteaux de son agresseur. L’étudiante de 23 ans s’était débattue de longues minutes pour échapper au viol que lui promettait son assaillant. La barbarie de l’acte, de même que le statut de récidiviste de l’assassin, avait alors ému, jusqu’au plus haut niveau de l’État.

C’est dans le but de rendre hommage à la vie, brève mais dense, de la jeune femme qu’un ouvrage, Anne-Lorraine, un dimanche dans le RER D, vient de paraître (1). Famille, amis, enseignants, camarades de promotion retracent leurs échanges, leurs coups de gueule, leurs fous rires avec Anne-Lorraine. Studieuse, déterminée, mais armée d’un solide sens de l’humour : telle est l’image que tous ont en mémoire.

Après une enfance sans histoire passée entre les réunions de famille et les week-ends scouts, l’adolescente se découvre une passion pour le journalisme. Le programme chargé de l’Institut d’études politiques de Lille n’empêche pas la brillante élève, qui vient de décrocher une mention « très bien » au baccalauréat, de dévorer Hannah Arendt, d’exceller en escrime et de rêver du “prince charmant ” sur les mélodies de Goldman. Ses camarades de promotion n’hésitent pas à railler le look très « BCBG » de cette fille de militaire. Railleries qui n’ont jamais atteint celle qui a développé un caractère bien trempé.

« Ne soyons pas cathos à moitié »

Au Celsa (2), on n’a pas oublié celle qui ambitionnait de se faire sa place sur les ondes. « Trois jours de formation radio m’avaient été suffisants pour entrevoir le talent d’Anne-Lorraine, son talent mais aussi sa générosité et sa disponibilité », se rappelle Alain Passerel, journaliste à France Inter, par ailleurs formateur dans cette école de communication.

C’est, plus encore, d’une ardente croyante que se souviennent ses proches. Celle qui avait instamment demandé à faire sa confirmation à la suite des JMJ de Cologne 2005 aimait à répéter : « Ne soyons pas cathos à moitié, ne nous aimons pas qu’à moitié. » C’est sans doute au regard de ses convictions qu’il faut relire sa dissertation de philosophie sur le thème du pardon, rédigée en hypokhâgne et publiée en fin d’ouvrage.

« Dans son attitude, l’homme devrait montrer qu’il souhaite que tout devienne pardonnable. Ainsi, il prouverait qu’il croit en ses semblables, écrivait la jeune fille. Ce n’est pas une forme de lâcheté que de chercher à tout pardonner mais au contraire un acte de courage et d’humanité encore trop rare. »

Marie BOËTON

(1) Anne-Lorraine, un dimanche dans le RER D, d’Emmanuelle Dancourt et Frédéric Pons, CLD Éditions, 269 p., 17, 90 €.
(2) Centre d’études littéraires et scientifiques appliquées.