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Tribune de Xavier Bébin, délégué général de l’Institut pour la Justice sur Atlantico : « N’en déplaise au Monde, la prison ne fabrique pas la récidive »

Les établissements pénitentiaires, responsables de la récidive criminelle ? C’est en substance ce qu’affirmait Le Monde (15 octobre). En réalité la prison ne semble pas influer sur la récidive, mais plutôt avoir un impact positif sur la criminalité. Explications...

Les lecteurs du Monde qui ont vu samedi dernier, affiché en Une, le slogan « Comment la prison fabrique la récidive », ont dû être perplexes. Le principal argument de l’article était d’un simplisme étonnant : si ceux qui sont passés par la case prison récidivent beaucoup (à 59 %), c’est nécessairement de la faute de la prison – et non parce qu’on envoie en prison les profils les plus ancrés dans la délinquance.

Commençons par rappeler des faits simples et vérifiables par tous. Les États-Unis ont, entre 1980 et 1995, multiplié leur population carcérale par 3. Ce n’est certainement pas un modèle à suivre. Mais si la prison était l’école du crime, c’est une explosion des crimes et délits en tous genres à laquelle on aurait dû assister. En fait, les crimes violents comme les atteintes aux biens ont été divisés par 2 entre 1993 et 2010.

En France, entre 2002 et 2008, la hausse du nombre de détenus a été plus mesurée mais réelle (de 25 %). Le taux de criminalité a reflué de 15 %. A contrario, entre 1997 et 2002, la politique pénale était à l’opposé, avec un volontarisme destiné à réduire l’incarcération. Le taux de criminalité a augmenté de 17 %.

Dernier fait : en 1971, 9 000 personnes étaient incarcérées pour vol simple. En 2010, ils n’étaient plus que 3 500. La multiplication des « alternatives à l’incarcération » aurait-elle permis de faire refluer les vols ? Non, ils sont au moins 3 fois plus nombreux aujourd’hui qu’il y a 40 ans (alors que les systèmes privés de sécurité sont infiniment plus développés).

On nous explique souvent que les condamnés à des peines alternatives récidivent moins que les condamnés à de la prison ferme. Mais ce ne sont pas les mêmes profils : les magistrats envoient en prison ceux qu’ils jugent plus dangereux et plus à risque de récidiver. Les alternatives sont pour ceux qui présentent le plus de garanties de réinsertion.

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