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Contrairement à ce que pense Christiane Taubira, c’est l’absence de peine, pas les courtes peines, qui crée de la récidive

Par Xavier Bebin le 8 août 2012 sur Atlantico.fr

Interviewée par Libération, Christiane Taubira se prononce contre les peines planchers, contre les courtes peines, contre les centres éducatifs fermés… Ne devrait-elle pas d’abord faire en sorte que les peines prononcées par les magistrats soient appliquées ?

Christian Taubira, interrogée par Libération mardi, se prononce contre les peines planchers et les courtes peines de prison, qui selon elle créent de la récidive, en plus d’être en partie responsable de la surpopulation carcérale. Partagez-vous cette analyse ?

Christiane Taubira se trompe complètement de combat : ce qui produit la récidive, ce ne sont pas les courtes peines, ce sont les 80 000 peines de prison toujours en attente d’exécution, faute de places de prison. Cela devrait être sa priorité, surtout quand on sait que la France compte 88 places de prison pour 100 000 habitants, quand la moyenne européenne est de 144. Le problème est là, dans la capacité de nos prisons depuis des années à accueillir les personnes condamnées. Cela est criminel, et elle n’en dit pas un mot : c’est inquiétant.

D’autant que sur la question des courtes peines, le précédent gouvernement était déjà allé très loin – trop loin selon nous – dans la logique de les réduire, puisqu’il est allé jusqu’à imposer l’aménagement quasi-systématique des peines allant jusqu’à 2 ans de prison, dans la loi Dati de 2009. Elle dit que la peine de prison en matière correctionnelle doit être prise en dernier recours, dans le cas, je cite, où « toute autre sanction est manifestement inadéquate ». La loi demande donc au juge d’éviter la prison autant que possible et a mis en place une procédure qui fait en sorte que lorsqu’on est condamné à une peine allant jusqu’à deux ans de prison ferme, on est presque garanti de ne pas aller en prison. Aller aujourd’hui encore plus loin dans cette logique est incompréhensible, car la loi de 2009 allait déjà trop loin.

Aujourd’hui, il faut prévoir un nombre de place suffisant pour accueillir les personnes condamnées. C’est la crédibilité, la légitimité et l’indépendance de la justice qui est en jeu, car les peines de prison ferme sont bien prononcées par les magistrats. Tous les textes de loi les dissuadent d’en prononcer s’ils le font, c’est bien qu’ils sont face à des profils pour lesquels aucune autre solution n’est possible.

 

Ce manque de place dans les prisons est donc une sorte d’incitation pour les personnes condamnées à récidiver ?

Il n’y a rien de plus incitatif à récidiver que de se faire condamner par la justice à de la prison ferme et ne jamais voir sa peine exécutée ! Voilà qui encourage à la récidive, alors qu’il n’a jamais été prouvé que les courtes peines l’encouragent. L’absence de peine, ça oui, c’est certain.

 

Christiane Taubira revient aussi sur les Centres éducatifs fermés (CEF), dont François Hollande avait promis le doublement durant la campagne. La Garde des Sceaux se montre, elle, sceptique quant à leur efficacité…

Là aussi, la priorité de Christiane Taubira devrait être de dire qu’elle va faire reculer la délinquance des mineurs. D’après les chiffres du ministère de la Justice, les violences commises par les mineurs ont augmenté de 575% depuis 1990. C’est quand même un chiffre qui devrait nous interpeller. Les 14-18 ans représentent 5% de la population, mais 25% des viols et des agressions sexuelles, 34% des cambriolages et 45% des vols avec violence.

Ces chiffres ne montrent-ils pas justement que le tout répressif n’a pas fonctionné jusqu’ici ?

Non, cela veut dire qu’on n’est pas allé assez loin dans la logique. Il y a chez les mineurs, encore plus que chez les majeurs, une forme d’impunité qui est très importante, faute de structure pour les accueillir et pour les écarter de leur milieu le temps qu’ils se reforment et qu’on puisse leur donner des outils éducatifs.

Un seul exemple : en début d’année, trois mineurs ont été interpellés après avoir commis un viol collectif à la Part-Dieu à Lyon, en pleine journée. Ces mineurs ont été remis en liberté – le sont toujours – dans l’attente de leur procès. Ils n’ont même pas été placés dans un CEF. On voit avec un tel exemple qu’il y a des personnes accusées de crimes très graves qui ne sont même pas aujourd’hui placées dans des CEF. C’est pour cela qu’il était question d’en doubler le nombre, ce qui était une bonne mesure pour contenir des mineurs souvent multirécidivistes, ou ayant commis des crimes graves.

 

On revient aujourd’hui à cette lubie, qu’on croyait réservée aux années 70, qui est de dire que l’éducation n’est pas compatible avec la privation de liberté. C’est pour cela que l’aspect fermé des CEF rebute une partie de la magistrature pour enfants, qui est toujours sur des méthodes complètement dépassées. Or, l’éducation peut se concevoir dans des centres fermés, c’est même préférable lorsqu’on a affaire à des multirécidivistes.

 

Interrogée sur des propos du ministre de l’Intérieur Manuel Valls, Christiane Taubira botte en touche en répondant qu’elle est place Vendôme, pas place Beauvau. Les deux sont-elles étrangères l’une à l’autre ?

Dans une autre intervention, elle disait déjà qu’elle s’occupait de justice, et que pour les questions de sécurité il fallait voir avec Manuel Valls. Cela montre son inconscience de l’importance du pénal dans la lutte contre la criminalité. Nous disons depuis longtemps que pour faire reculer la criminalité, il ne faut pas se reposer seulement sur la police, les forces de l’ordre et la création de zones de sécurité prioritaires. Il faut aussi prendre en compte la réponse pénale : que les délinquants soient poursuivis, condamnés, et que leur peine soit exécutée. Christiane Taubira fait passer l’idée qu’il y a un partage des rôles entre la Justice qui serait là pour réparer les dommages, et l’Intérieur qui serait là pour faire reculer l’insécurité. C’est cela au fond le plus inquiétant, quand on connaît l’importance que représente la justice et son fonctionnement pour réduire l’insécurité.

 

Propos recueillis par Morgan Bourven

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L’Institut pour la Justice contre la libération anticipée de la femme de Marc Dutroux

Alexandre Giuglaris, délégué général adjoint de l’Institut pour la Justice réagissait à la remise en liberté de Michelle Martin dans l’émission « La voix est libre » sur Radio Notre Dame mercredi 29 août.

L’émission sur le thème de « l’affaire Dutroux – Michelle Martin accueillie par des Clarisses: miséricorde ou complicité ? » a permis le débat entre le représentant de l’Institut pour la Justice, Christian LAPORTE, journaliste au quotidien La Libre Belgique et Suzanne MOREAU-BONNEN, magistrat honoraire, vice-présidente honoraire du Tribunal de première instance de Namur.

Pour écouter l’émission cliquez ici

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L’Institut pour la Justice cité dans le quotidien La Croix

Le quotidien La Croix s’est penché sur le sujet de « La probation, une peine sans barreaux pour lutter contre la récidive » et donne la parole à l’Institut pour la Justice qui rappelle la fonction «neutralisante» de la prison.

L’association prend l’exemple des Etats Unis où l’incarcération de masse à partir des années 1980 a été accompagnée d’une division par deux des violences aux personnes entre 1995 et 2012.

Consultez l’intégralité de l’article en cliquant ici

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A 86 ans, il est frappé en pleine rue par un mineur. Affaire classée sans suite.

L’Est républicain, le 1er août 2012

Ces quelques lignes apposées au bas d’une page, symboles d’une justice qui ferme les yeux sur les violences subies et le traumatisme enduré: « les preuves ne sont pas suffisantes pour que l’affaire soit jugée au tribunal. »

Nous sommes le 5 mars, vers 16 h. Marcel marche au bras de sa femme.  « Sans raison apparente, un jeune excité fonce sur moi et m’agresse d’un coup de tête au visage. » […] Il a 15 ans et n’ignore rien des procédures pour y avoir largement goûté. Marcel tombe, il sera blessé au niveau de l’arcade sourcilière et fera valoir quatre jours d’interruption temporaire totale (ITT).

Depuis cet avis de classement sans suite, la colère se mêle à un sentiment d’abandon.
[…] L’affaire ne sera pas enterrée avant qu’il n’ait tout essayé. « Je veux que l’on me reconnaisse comme la victime que je suis. »

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