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La vérité sur le parcours de Philippe El Shennawy

En 1975, Philippe El Shennawy est condamné à la perpétuité pour avoir commis, en récidive, un braquage sous la menace d’une arme, lors duquel sept personnes ont été prises en otage. Cette peine s’explique en partie par le fait que l’argent n’a pas été retrouvé. Les jurés n’ont pas souhaité que les deux braqueurs profitent, à leur libération, des 6 millions de francs qu’ils avaient dérobés et cachés.

En 1990, quinze ans après, il bénéficie d’une libération conditionnelle. C’est une mesure de faveur ; si le détenu ne la saisit pas, il est logique qu’il soit réincarcéré. Dans le cas de Philippe El Shennawy, non seulement il viole les obligations de sa libération conditionnelle, mais il commet une nouvelle infraction (recel de carte bleue volée).

Cela ne l’empêche pas de bénéficier, 7 ans plus tard, en 1997, d’une permission de sortie, préalable à une nouvelle libération conditionnelle (à noter qu’entre-temps, il a commis de nombreuses violences en prison qui conduiront des juges indépendants à lui retirer une partie de ses remises de peine).

Le problème est qu’il profite de cette permission pour s’évader. Pire : au cours de ses 5 mois de cavale, il va commettre 1) un nouveau braquage au crédit agricole de Rouen, pour lequel il sera condamné en 2006, 2) un trafic de fausse monnaie et de faux documents, pour lequel il sera condamné en 2001. Sans parler du port d’arme et des violences à fonctionnaires des douanes pour lesquels il a été inculpé lors de son arrestation.

En 2004, Philippe El Shennawy s’évade de l’Unité pour malades difficiles de Montfavet. Avec son complice, ils ont ligoté, sous la menace d’une arme (factice) quatre infirmiers et pris en otage un cinquième, M. Vuillermoz. Ce dernier s’est enfuit dès qu’il a eu une occasion de le faire, signe qu’il ne se sentait pas exactement en sécurité. C’est alors que Philippe El Shennawy a forcé un couple de Marseillais à faire la route jusqu’à Paris.

Surtout, Philippe El Shennawy a profité de sa liberté pour commettre 3 braquages de banques, pour lesquels il a été condamné en 2008 par la Cour d’assises de Pau.

Il faut lire le témoignage d’une des victimes, un employé de banque nommé Jean-Michel Bonis, qui a vu une arme pointée sur lui :  » Aujourd’hui, j’ai peur tout le temps. Je vis avec un stress permanent. Je ne tournerai jamais la page « .

Et ce n’est pas tout, voici les conditions de son arrestation, en 2005, telles que racontées par le journal Libération :

« Le mardi 15, à 8 heures, le braqueur désargenté tournicote autour des banques, avenue de Wagram à Paris, à bord d’une BMW volée au Vésinet. Il se heurte à un barrage de police devant le théâtre de l’Empire effondré à cause d’une explosion, hésite à présenter sa fausse carte de police (« c’est sa spécialité » selon les enquêteurs), mais repart à Créteil. A 15 h 10, il remplit des formulaires à la mairie pour obtenir un faux passeport au nom de Patrick Louis, lorsque les menottes se referment sur ses poignets. « Il n’a pas l’aplomb d’un voyou de 50 piges, dit un policier, il nie tout, et regarde sans cesse partout, aux aguets. » Dans sa BMW d’emprunt, les flics ont découvert une arme de calibre 9 mm, une carte et un brassard de police, une cagoule et des gants, prêts pour le « turbin ». Dans l’appartement de son amie à Nanterre, un revolver 357 Magnum, un fusil, des cartouches, une perruque, une cagoule, un scanner, du « Serflex qui peut servir de menottes ».  »

On lit parfois dans la presse que, pour son évasion de Montfavet, Philippe El Shennawy aurait été condamné à 2 ans en première instance, puis à 16 ans en appel. En réalité, il a été condamné à 2 ans en première instance et à 3 ans en appel. Sauf que la Cour d’appel avait aussi à juger des 3 braquages durant sa cavale, pour lesquels il avait été condamné à 13 ans en première instance.

Voilà pourquoi, la peine de 16 ans, prononcée en 2008 est ainsi l’addition de la peine pour évasion (3 ans) et de celle pour braquage (13 ans).

Concernant son actuelle demande de libération conditionnelle, à l’issue d’une première audience le 17 octobre 2013, le parquet avait requis un ajournement de la procédure dans l’attente de l’avis de la Commission pluridisciplinaire des mesures de sûreté (CPMS), qui a été rendu depuis.

Cette instance, chargée de se positionner sur la dangerosité et le risque de récidive des détenus, a émis un avis défavorable selon l’AFP, arguant que Philippe El Shennawy était « paranoïaque » et « dangereux ». Malgré cette expertise, le parquet s’est tout de même positionné en faveur de la libération conditionnelle.

Rappel chronologique du parcours de Philippe El Shennawy : 

1970 : premier holdup à 16 ans.

1972 : condamné pour la première fois à 3 ans de prison pour vol avec violence.

1975 : braquage à main armée avec prise d’otages. Avec un complice, il séquestre les employés d’une banque pendant plusieurs heures, avenue de Breteuil à Paris, et exige 6 millions de francs. La rançon est payée et ne sera jamais retrouvée.

1977 : il est condamné à la perpétuité.

1986 : sa peine de perpétuité est réduite à 20 ans.

1990 : il bénéficie d’une libération conditionnelle.

Lors de cette libération conditionnelle, il ne respecte pas ses obligations (reconnu dans un casino à Enghien) et il commet une infraction (recel de carte bleue volée).

1997 : il bénéficie d’une permission de sortie. Il en profite pour s’évader et braquer à nouveau une banque, le Crédit agricole de Rouen. Il est à nouveau arrêté au bout de 5 mois.

2004 : nouvelle évasion de l’Unité pour malades difficiles de Montfavet. Sous la menace d’une arme, Philippe El Shennawy et son complice ligotent quatre infirmiers et en prennent un autre en otage. Ce dernier réussit à s’enfuir. Les deux criminels prennent en otage un couple, pour se faire conduire à Paris.

2004 : il commet trois braquages de banques dans les Pyrénées-Atlantiques au cours desquels des employés et des clients sont mis en joue.

2005 : Philippe El Shennawy est arrêté alors qu’il fait des repérages autour d’une banque avec une voiture volée. On retrouve à son domicile plusieurs armes, ainsi que de fausses cartes de police et de fausses pièces d’identité.

2008 : il est condamné à 13 ans pour vol à main armée, enlèvement et séquestration.