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Prison : le contrôleur général veut autoriser les téléphones portables et les e-mails

Le Figaro, le 12 février 2014

Hier, mercredi 12 février, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), Monsieur Jean-Marie Delarue, s’est déclaré favorable à l’utilisation dans les prisons de téléphones portables et courriers électroniques par les détenus.

 
Lors de son audition devant la commission des lois de à l’Assemblée Nationale, Jean-Marie Delarue s’est dit favorable à ce que les détenus puissent avoir accès à un téléphone portable et une messagerie électronique. Il indique ainsi : « Je crois que, le jour venu, il faudra autoriser les téléphones portables en détention ». Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté se justifie en précisant que ce serait « un facteur considérable d’apaisement ».

Aujourd’hui, les téléphones mobiles sont formellement interdits en prison. Les détenus, s’ils souhaitent passer un coup de fil, doivent se rendre à une cabine téléphonique située à l’intérieur même de l’établissement pénitentiaire. Le CGLPL souhaite changer la situation. Il regrette en effet que les personnels perdent leur temps « à la recherche de téléphones portables, qui est un puits sans fond ». Delarue rappelle qu’à la prison des Baumettes, à Marseille, près de 900 téléphones portables sont saisis chaque année. Le Contrôleur général estime toutefois nécessaire d’établir « les conditions dans lesquelles ces appareils pourraient être utilisés, dès lors que les mesures de sécurité et de contrôle légitimes pourraient trouver à s’appliquer ».

Le CGLPL prétend même que des personnels pénitentiaires partageaient son point de vue : « Ils m’ont dit : ça ne changera rien, mais ça apaisera considérablement la détention ». Pourtant, interrogé par Metronews, David Cuchietti, secrétaire local CGT des Baumettes, redoute « que ce soit la porte ouverte à tous les trafics, mais aussi au racket entre détenus ». Il craint en effet que les prisonniers puissent « aussi communiquer entre eux ce qui est interdit dans certains cas. Certains seraient aussi tentés de mettre la pression sur des victimes ». Par ailleurs, le syndicaliste met en doute le chiffre de 900 portables saisis chaque année aux Baumettes, avancé par Delarue : « Je ne suis pas sûr que ce soit autant ». Il affirme que les personnels pénitenciers ne s’épuisent pas à chercher les téléphones mobiles. Pour Cuchietti, il s’agit avant tout d’un manque de moyens techniques plutôt qu’humains : « s’il y avait des brouilleurs de réseau, on ne se poserait pas de questions ».

Par ailleurs, la proposition avancée par Jean-Marie Delarue ne concerne pas seulement l’accès aux téléphones mobiles mais également aux e-mails. En effet, le CGLPL ne croit pas « que cette messagerie pose des problèmes de nature différente de celle des courriers ». Le Contrôleur général souligne qu’à l’heure actuelle, le courrier postal envoyé et reçu par les détenus faisait l’objet d’une surveillance par l’établissement pénitencier. Delarue pense qu’il suffit qu’un administrateur informatique paramètre des règles de sécurité adaptées pour éviter tout problème. Il va même jusqu’à affirmer que l’accès à la messagerie électronique par les détenus serait « un facteur d’apaisement considérable en détention, sans aucun risque de sécurité ».

Reste à savoir comment les Français vont réagir à cette annonce de Jean-Marie Delarue. Les différentes enquêtes d’opinions montrent qu’une grande majorité des citoyens est déjà échaudée par les projets de réformes portées par la Garde des Sceaux Christiane Taubira. Si une telle mesure devait voir le jour, les Français subiraient une nouvelle fois de plein fouet une politique qui semble davantage se préoccuper des besoins des détenus plutôt que ceux de leurs victimes. Ces dernières sont hélas souvent oubliées.