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La bande à Bonnot : entre crimes crapuleux et idéologie anarchiste

Article écrit par Guillaume Bernard, Maître de conférences (HDR) à l’ICES (Institut Catholique d’Etudes Supérieures)

La sanglante et médiatique épopée des «bandits tragiques» (1911-1912) fut le résultat de la conjonction d’une hypertrophie du moi et de la théorie de la reprise individuelle, fondement de l’anarchisme illégaliste. Au tournant des XIXe et XXe siècles, l’anarchisme s’était, en effet, scindé en divers courants. Si certains s’étaient ralliés à l’action syndicale, d’autres la rejetèrent en s’appuyant sur la formule de Kropotkine : «Tout est bon pour nous qui n’est pas la légalité». En réponse à la société bourgeoise, se développa la théorie de la «reprise individuelle» : l’indigence des miséreux s’expliquant par le vol permanent réalisé à leur détriment par des exploiteurs, voler ces derniers était donc assimilé à de la légitime défense. Ce «droit à la restitution» créa un débat houleux et une profonde fracture au sein du mouvement anarchiste entre ceux qui, comme Sébastien Faure et Le Libertaire, appréhendèrent le vol comme un acte révolutionnaire et ceux qui, à l’instar de Jean Grave et des Temps nouveaux, s’y refusèrent. Il est tentant de ne voir dans la bande à Bonnot que des criminels entendant draper leurs exactions dans les plis du drapeau noir de l’anarchie. Mais, il n’est pas certain qu’il faille balayer d’un revers de main tout idéal. Les illégalistes voulaient vivre, le plus intensément possible, sans attendre les changements sociaux. Issus de la classe sociale laborieuse, ils la jugeaient très durement : lâche devant leurs exploiteurs et incapable d’un sursaut révolutionnaire. Il ne fallait donc rien attendre, selon eux, de l’action politique.

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