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L’Institut pour la Justice dresse le bilan de Christiane Taubira dans Valeurs Actuelles

Dans cette tribune publiée dans l’hebdomadaire Valeurs Actuelles, Alexandre Giuglaris, délégué général de l’Institut pour la Justice, et Guillaume Jeanson, porte-parole de l’association, dressent l’accablant bilan de Christiane Taubira marqué par la hausse de la délinquance, le dogmatisme et le sectarisme.

 

Incompétence et laxisme

 

Après ces 1351 jours passés au sein du ministère de la Justice, c’est peu dire que Christiane Taubira affiche un bilan médiocre et controversé. Les chiffres sont sans appel : la délinquance a augmenté, en particulier les violences aux personnes. Il n’est donc guère étonnant que 44% des Français fassent confiance à la justice (Cevipof, janvier 2016). Mais le plus inquiétant est que cette défiance semble maintenant atteindre le système dans son ensemble. La même étude révèle en effet que 70% de nos compatriotes n’ont pas de confiance dans les chiffres officiels de la délinquance. Joli tableau !

Avant de disséquer les causes d’un tel désastre, nous devons néanmoins reconnaître à Christiane Taubira d’avoir maintenu la généralisation des bureaux d’aide aux victimes ou d’avoir adopté en 2013 un « plan de sécurité en détention » qui, s’il a le mérite d’exister, manque cependant cruellement d’ambition.

Première cause : l’idéologie. Avec Christiane Taubira, chantre de la culture de l’excuse et fervente disciple de l’école de la défense sociale nouvelle, rarement la Place Vendôme fut dominée par autant d’idéologie. Rarement le Syndicat de la magistrature, celui du scandaleux « mur des cons », bénéficia d’une écoute aussi bienveillante de la part d’un garde des Sceaux. C’est dès lors sans surprise que la prison devait être vouée, sans nuances, aux gémonies. La réforme pénale, véritable pierre angulaire de son action, allait d’ailleurs s’y employer avec un objectif clair : réduire les flux en prison, avec la « contrainte pénale » – que d’aucuns peinent à distinguer du sursis avec mise à l’épreuve -, et industrialiser les flux sortants, avec la « libération sous contrainte ». Plutôt que de construire 20 000 places de prison, on allait s’employer consciencieusement à les vider.

Le plus étonnant est peut être que ce dispositif était alors présenté comme destiné à « lutter contre la récidive » alors que, concomitamment, étaient méthodiquement abrogées toutes les règles visant justement à endiguer cette même récidive : suppression des peines planchers, de la révocation automatique des sursis simples, du régime spécial réservé aux récidivistes dans le cadre de l’exécution des peines…

La seconde des causes pourrait bien être la méthode. Sous des dehors lisses et humanistes, la recherche affichée du consensus n’aura pas su masquer longtemps une réalité bien différente, sectaire et brutale, cristallisant, de ce fait, de véritables conflits ouverts. Christiane Taubira aura ainsi réussi le rare exploit de s’aliéner en même temps policiers et avocats et une large partie de l’administration pénitentiaire et de la magistrature…

Il restera de cette garde des Sceaux un goût prononcé pour les symboles. Jusqu’à son départ, tout empreint d’une dignité écolo-vélocipédique, celle qui sut créer – pour tenter d’éteindre l’incendie Cahuzac – un « procureur de la République financier », qui posa la première pierre du futur Palais de justice, qui, à défaut d’œuvrer utilement contre elle, décida d’ouvrir un Observatoire de la récidive, aura finalement su draper son incompétence et son dogmatisme de la plus noble des postures : celle, intouchable, d’une grande conscience de la nation.

 

Tribune Valeurs Actuelles - 11 février 2016