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Exécution ratée d’Osny : l’IPJ constate l’impuissance de nos prisons face aux détenus radicalisés

Boulevard Voltaire a interviewé Guillaume Jeanson, avocat et porte-parole de l’Institut pour la Justice, suite à l’exécution ratée d’un surveillant à la prison d’Osny. Cette affaire révèle l’isolement lacunaire des détenus radicalisés. Un isolement difficile à réaliser tant le sous-équipement carcéral est grand. Nos moyens sont inadaptés au regard de la dangerosité des profils djihadistes.

Selon vous, que devons-nous retenir de l’exécution ratée d’Osny ? En quoi cette affaire est-elle différente des autres émeutes ou agressions contre les gardiens de prison ?

S’il est évidemment préférable d’attendre que la lumière soit faite sur le déroulé précis des événements pour se prononcer, nous pouvons d’ores et déjà relever que la saisine du parquet antiterroriste de Paris marque incontestablement une nouvelle étape vers la reconnaissance d’une qualification terroriste. Ici, il ne s’agirait pas en effet d’une agression liée au fonctionnement de la prison, telle qu’une réaction violente à une fouille de cellule. Non. Ici, l’objectif aurait plutôt été d’exécuter — par égorgement — un agent, représentant l’État, selon les pratiques de Daech. Cette exécution aurait été concertée entre plusieurs détenus regroupés au sein de cette unité dédiée à la déradicalisation. S’il semble qu’aucune revendication de Daech n’ait, pour l’heure, été notée, ces djihadistes semblent, par leur action violente, vouloir signifier leur détermination et leur capacité à poursuivre leur combat, malgré leur incarcération. Cette « tentative d’exécution » fait naturellement écho à la vidéo de Larossi Abballa, le tueur de Jessica Schneider et Jean-Baptiste Salvaing, qui avait très distinctement appelé à cibler les surveillants pénitentiaires, en sus des policiers et des journalistes.

À en croire Le Figaro, l’arrivée de deux détenus aurait déstabilisé l’unité dédiée. Ces unités ne s’adressent en principe qu’aux détenus ayant une chance de renoncer au terrorisme. Dans le cas contraire, l’isolement doit être privilégié. La question initiale de l’évaluation de la dangerosité est donc cruciale. Or, cette question est particulièrement délicate lorsqu’elle se heurte à la taqiya, cette — désormais célèbre — stratégie de dissimulation. Le 14 janvier dernier, Géraldine Blin, directrice du projet de lutte contre la radicalisation, n’hésitait pas, elle-même, à déclarer dans le journal Le Monde, que le « degré d’authenticité est très dur à évaluer ».

La présence d’une arme et d’un téléphone semble aussi conforter le constat dressé par le contrôleur général des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan, dans son rapport du 6 juillet dernier, suivant lequel les personnes placées dans ces unités ne sont pas soumises à un régime d’isolement et suivant lequel l’étanchéité entre les quartiers d’un même établissement pénitentiaire apparaîtrait comme un « vœu pieux ».

Alain Bauer, que vous citez dans votre communiqué, pose la question suivante : « Parlons-nous de radicalisation de l’islam ou d’islamisation de la radicalité ? » Pourrait-on parler d’une islamisation de la délinquance ?

Alain Bauer reproche surtout au terme « radicalisation » de signifier tout et son contraire.

Depuis Mohammed Merah, la plupart des terroristes ont un passé de délinquant. C’est si vrai que certains criminologues usent du néologisme « gangsterrorisme ». Pour autant, je crois qu’il faut se garder d’en déduire un peu vite que tous les délinquants pourraient devenir des terroristes islamistes. Nous savons que les djihadistes recrutent, à la manière d’une secte, des délinquants manipulables, violents et en marge de la société. Ceux pour qui la délinquance constitue un mode de vie représentent donc une cible de choix — de surcroît lorsqu’ils se révèlent sensibles à une forme odieuse de chantage à certaines promesses douteuses de rédemption.

Selon vous, que faudrait-il changer ? L’échec est-il dû à une mauvaise compréhension de la criminalité ou à une mauvaise politique pénale ?

L’angélisme de Christiane Taubira a fait des ravages que peinera à contenir le pragmatisme tardif de Jean-Jacques Urvoas. Il faut, de toute urgence, une vision, du courage et des moyens. 100.000 peines de prison ferme sont en attente d’exécution. Certaines ne seront sans doute jamais exécutées. Sachant, peut-être par son histoire, ô combien « les faits sont têtus », la gauche elle-même a fini par reconnaître l’urgence de la construction des 20.000 places de prison dont elle avait pourtant annulé le programme de construction, voté sous le quinquennat précédent…

Les programmes de déradicalisation, jadis idéalisés non sans une candeur criminelle, font couler aujourd’hui beaucoup d’encre sceptique, sans pour autant que soit votée une véritable mesure de rétention de sûreté susceptible de neutraliser les terroristes les plus dangereux. Vous l’aurez compris, le tableau est sombre et ôte toute prétention à l’exhaustivité. Un exemple toutefois, par son actualité criante, mérite encore d’être souligné. Alors que nous apprenons l’existence terrifiante d’enfants-soldats dans les rangs de Daech (dont nombre d’entre eux seront bientôt appelés à regagner l’Hexagone), alors que l’ancien juge antiterroriste Marc Trévidic déclarait encore à la télévision belge, au mois d’août dernier, qu’Adel Kermiche, l’auteur de l’attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray, était en contact avec des personnes plus jeunes que lui et notamment beaucoup de jeunes filles de 14 à 16 ans lorsqu’il cherchait à partir en Syrie, notre justice des mineurs, déjà exsangue, désarme : suppression des tribunaux correctionnels pour mineurs récidivistes, fin de la peine de perpétuité pour mineurs (sachant qu’en moyenne, la durée réellement exécutée de ces peines — pour les majeurs — « n’est que » de vingt ans)…

Les traits saillants de la réforme catastrophique du droit pénal des mineurs, annoncée par Christiane Taubira peu avant sa démission, sont repris, discrètement, dans le projet de loi Justice du XXIe siècle, porté par son successeur et dont le vote se poursuivra d’ici quelques semaines. En guerre face à des individus déterminés à sacrifier leur vie, il pourrait être judicieux, pour tenter de limiter les bains de sang qui ne manqueront pas de survenir, d’adapter quelque peu notre clémence…

Lire ici l’entretien de Guillaume Jeanson sur Boulevard Voltaire

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Qu’est-ce que l’État de droit ?

Retour sur une notion polémique

Une notion revient très souvent aujourd’hui dans les propos de nos hommes politiques, celle d’État de droit. Malheureusement, cette notion est le plus souvent utilisée de manière polémique, pour mettre fin au débat plutôt que pour argumenter, et ce que recouvre ce terme « État de droit » reste indéfini.

Cet usage polémique est fort dommageable parce que l’on peut s’attendre à ce que ces abus finissent, dans un premier temps, par restreindre indûment la réflexion et ainsi nous exposer inutilement à de graves dangers, et, dans un second temps, par discréditer totalement une notion pourtant importante.

Il convient donc d’essayer de mieux cerner ce qu’est l’État de droit. En réalité, le terme recouvre deux idées différentes : il désigne d’une part un État soumis au droit, quel que soit le contenu de ce droit, et d’autre part un État qui respecte certains principes de justice fondamentaux. De la confusion, volontaire ou non, entre ces deux idées, naît l’essentiel de l’obscurité et de la stérilité du débat public au sujet de l’État de droit.

 

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