01-70-38-24-07
info@institutpourlajustice.org

Blog

L’Institut pour la Justice critique la pensée anti-carcérale

Dans le cadre d’un entretien croisé, le site d’information Atlantico a interrogé Guillaume Jeanson, porte-parole de l’Institut pour la Justice, sur la volonté de Benoît Hamon de revenir sur la culture de la détention. Il dénonce l’effet contre-productif que peut induire une approche « bienveillante » et excessivement anti-carcérale.

Pour Guillaume Jeanson, plus que la seule détention, le véritable enjeu réside dans la « certitude de la punition ». Dès 1764, Cesare Beccaria affirmait que « la certitude d’une punition même modérée fera toujours plus d’impression que la crainte d’une peine terrible, si à cette crainte, se mêle l’espoir de l’impunité. ». Les exemples étrangers venus confirmer ce précepte sont légion, comme le rapporte le criminologue Maurice Cusson : en Australie, une grève de la police à Melbourne en 1923 a conduit des milliers d’individus à se livrer à des pillages.

Pour y mettre fin, il a fallu que le gouvernement engage des milliers de citoyens pour agir en tant qu’officiers de police. Au Danemark, lorsqu’en 1944 les forces allemandes d’occupation ont arrêté les policiers danois suspectés d’actes de résistance, ils les ont remplacés par un personnel improvisé et inefficace. Lors des sept mois qui ont suivi, les vols à main à armée commis à Copenhague ont été multipliés par dix.

La France témoigne aussi dans son histoire de l’effet contre-productif que peut induire une approche « bienveillante » et excessivement anti-carcérale. A cet égard, Xavier Bébin rappelle dans son livre intitulé Quand la justice crée l’insécurité qu’à la faveur du décret de grâce et d’amnistie voulue par Robert Badinter en 1981, plus de 5000 détenus ont été remis en liberté en quelques mois, le taux de criminalité faisant un bond de 20% l’année suivante. Ce constat ne doit pas occulter cependant une autre réalité. Celle d’exemples intéressants menés dans les pays scandinaves qui, en responsabilisant les détenus par la valeur du travail, reposent sur des types de détention allégée, sans être pour autant « contre-productifs ».

Tout en se gardant d’un excès de naïveté fantasmant une généralisation simpliste de ce modèle pour mieux occire notre prison réputée fallacieusement « école du crime », peut-être serait-il judicieux d’expérimenter ce qui semble « productif » à l’étranger. Pour ce faire, il faudrait bien sûr veiller, d’une part, à l’adapter scrupuleusement à la faible dangerosité de certains profils délinquants (ex : délits routiers) et, d’autre part, à respecter ce précepte liminaire d’une plus grande « certitude » de la peine.

Lire ici l’intégralité de l’entretien croisé sur le site d’Atlantico