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Attaque d’Orly : encore un assaillant connu de la justice

Alors que des attentats viennent d’endeuiller Londres, la France connaît des attaques terroristes à répétition depuis janvier 2015. Dans cette tribune libre publiée sur le site Figarovox, Guillaume Jeanson, avocat au barreau de Paris et porte-parole de l’Institut pour la Justice, revient sur l’attaque d’Orly. Pour lui le pouvoir en place ne mesure toujours pas la menace terroriste à sa juste valeur.

«Posez vos armes, je suis là pour Allah. De toute façon, il va y avoir des morts». Deux phrases. Deux phrases lapidaires et sinistres, prononcées par Ziyed Ben Belgacem, samedi matin à Orly-Sud quelques minutes avant d’être abattu. Deux phrases programmatiques qui résument, à elles-seules, l’état dans lequel ce terrorisme aveugle s’est promis de plonger notre pays.

Les services de renseignement savent bien que la période actuelle d’élection présidentielle se prête parfaitement à un regain d’actions terroristes ambitieuses. Ils se doutent que d’aucuns, tapis dans l’ombre cryptée des messageries protégées, affûtent ces jours-ci de quoi déstabiliser en profondeur l’orientation du vote des derniers indécis.

Après Nice, Valence et Paris, l’attaque d’Orly est la quatrième perpétrée contre des militaires depuis l’attentat de Charlie Hebdo. Elle intervient un mois et demi seulement après celle du Louvre. Un drame dont l’issue contenue a néanmoins permis d’éviter, une nouvelle fois de justesse, une véritable tuerie de masse.

Le professionnalisme de la force sentinelle, dont l’ampleur du déploiement avait naguère pu être critiqué par la représentation nationale, mérite ici d’être salué. Car des premiers éléments de l’enquête sur ce que François Molins, Procureur de la République de Paris, qualifie de «parcours violent et destructeur», il ressort que Ziyed Ben Belgacem avait la gâchette facile.

Il ressort également que le passé judiciaire de celui qui était connu sous au moins cinq alias -une caractéristique de ceux navigant dans les eaux troubles du banditisme- était conséquent: neufs condamnations successives pour des faits de braquage, trafics de stupéfiants et vols avec effraction, dont une comparution devant les assises à 22 ans. Et, comme si cela ne suffisait pas, depuis sa libération de détention provisoire en septembre dernier dans le cadre d’une autre affaire en cours d’instruction, Ziyed Ben Belgacem faisait l’objet d’un contrôle judiciaire assorti d’une interdiction de quitter le territoire.

L’enquête révèle que ce solide terreau délinquant devait encore offrir le ferment d’une radicalisation islamique. C’est en effet lors de sa détention aux maisons d’arrêt d’Osny puis de Liancourt que des signes de plus en plus visibles de sa radicalisation religieuse avaient alerté les autorités. Pour autant, Ziyed Ben Belgacem n’était pas fiché S, la perquisition administrative réalisée à son domicilie en 2015 dans le cadre de l’état d’urgence s’étant révélée infructueuse. Connu en revanche pour ses trafics de stupéfiants, il était fiché J. Et sur sa fiche, il était considéré comme étant à l’étranger.

Qu’en faut-il penser?

Tant que l’enquête est en cours, il est évidemment préférable de se garder de toutes conclusions hâtives. Certes le fil impulsif qui irrigue les pérégrinations de Ziyed Ben Belgacem, le résultat positif de ses analyses toxicologiques et les réactions dénégatrices de ses proches pourraient inciter à une certaine lecture des faits. Une lecture éloignée de tout plan concerté et de toute action coordonnée. Gardons-nous cependant d’oublier par trop vite l’une des leçons tirées de l’attentat de Nice: il arrive parfois que celui, si promptement qualifié par les médias de «loup solitaire», ne chasse en réalité pas si loin de sa meute.

Cette nouvelle affaire présente surtout un inquiétant goût de déjà-vu.

On pense d’abord à tous ces terroristes islamistes issus de la délinquance de droit commun. A ce phénomène «d’islamisation de la radicalité» cher au politologue Olivier Roy. Un phénomène dont les conséquences, prédites par Hugues Moutouh, quant aux faibles résultats à attendre du côté de la déradicalisation ne manquent pas d’inquiéter.

On pense ensuite aux propos tenus il y a quelques jours seulement par Jean-Jacques Urvoas, l’actuel garde des Sceaux: «en un an, le nombre de personnes mises en examen ou condamnées dans des affaires en lien avec le terrorisme a augmenté de plus de 50%».

On pense enfin au fait que si tous les délinquants ne deviennent pas terroristes, la plupart des délinquants devenus terroristes a commencé par bénéficier de la clémence du système actuel, sans que celui-ci ne parvienne à les dévier de leur trajectoire criminelle.

Un sondage Ifop-Fiducial pour Public Sénat et Sud Radio publié ce mois-ci révèle que plus de sept personnes interrogées sur dix ont «le sentiment que l’insécurité s’est dégradée depuis 2012». Presque la moitié d’entre elles affirment même qu’elle s’est «beaucoup dégradée». D’après l’institut de sondage, «ce sentiment de dégradation s’expliquerait par une insatisfaction généralisée concernant la prise en charge de l’enjeu sécuritaire dans le pays». 59% des personnes interrogées déclarent ne se sentir en sécurité nulle part. En matière de terrorisme, ce sont 93% des Français qui évaluent la menace terroriste comme élevée.

En matière de sécurité, l’attente est donc importante et ce sondage montre que cette préoccupation pèsera de manière considérable dans le vote des personnes sondées.

Comment expliquer dès lors que, chez de trop nombreux candidats à l’élection présidentielle, ces questions semblent délaissées?

Ce même sondage met en évidence le fait que 69% des Français jugent les effectifs de police et de gendarmerie en sous-effectifs dans le pays. «Cette opinion a d’ailleurs d’autant plus de résonance que les interviewés expriment majoritairement une bonne image de leurs forces de l’ordre (90% pour la Gendarmerie, 84% pour la Police nationale et 73% pour la Police municipale).»

Et pourtant, loin de cette bonne image, certaines mobilisations telles que «la marche pour la justice et la dignité» du 19 mars dernier se faisant fort de dénoncer les violences policières, en réunissant 7000 personnes entre Nation et République, et tout en se terminant dans des heurts, étonnent par l’attention disproportionnée que leur accorde la presse.

Elles étonnent encore davantage par la bienveillance suspecte que semble leur témoigner, en plein état d’urgence, un pouvoir en fin de règne.

Lire la tribune de Guillaume Jeanson sur Figarovox

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Présidentielle 2017 : l’Institut pour la Justice interroge Jacques Cheminade

Dans le cadre de ses entretiens organisés à l’occasion de l’élection présidentielle de 2017, l’Institut pour la Justice part à la rencontre des candidats ou de leurs porte-paroles afin de les interroger sur leurs engagements en matière de justice et de sécurité. Retrouvez ici la rencontre de l’Institut pour la Justice avec Jacques Cheminade.

Faire de la Justice un véritable pouvoir

Jacques Cheminade veut faire de la justice un véritable pouvoir avec, notamment, l’élection des procureurs par le CSM.

Donner plus de moyens à l’administration pénitentiaire

Jacques Cheminade souhaite renforcer le milieu ouvert, en augmentant le nombre d’agents de probation et de réinsertion, mais aussi le milieu fermé par la construction de nouvelles places de prison afin de permettre l’encellulement individuel et des conditions de détention dignes. La détention préventive doit être évitée à ses yeux et le nombre de personnes incarcérées sous ce régime réduit. Il intègre dans son programme le développement du travail en prison en s’appuyant sur les facultés créatrices des détenus.

Améliorer l’accompagnement médical des détenus

Jacques Cheminade souhaite un meilleur accès aux médecins pour les détenus, les soins n’étant pas toujours assurés à la hauteur de ce qu’ils devraient être en prison. Les détenus souffrant de pathologies psychiatriques graves n’ont pas leur place en prison mais en hôpital sécurisé dont leur nombre doit augmenter.

Développer les droits des victimes

Jacques Cheminade soutient l’idée d’un droit d’appel pour les victimes, ainsi que la possibilité pour elles de bénéficier d’un avocat dès la phase préliminaire de l’enquête.

Lutter contre le terrorisme par l’éducation

Jacques Cheminade préconise l’optimisation de l’organisation du renseignement contre le terrorisme. Cependant, la lutte contre le terrorisme qu’il défend s’articule essentiellement autour de l’école qui doit enseigner aux élèves des principes, la confiance en l’avenir, et au fait que la société reconnaitra leurs mérites et les sanctionnera dans leurs écarts.

Abaisser la majorité pénale et civile à 16 ans

Jacques Cheminade propose l’abaissement de la majorité à 16 ans permettant, ainsi, de responsabiliser plus tôt les jeunes. Contre la délinquance des mineurs, il s’appuie essentiellement sur la prévention, notamment sur les contenus audiovisuels accessibles aux mineurs qui doivent être positifs et de qualité.

Faire la guerre à la drogue

Jacques Cheminade veut faire la guerre à la drogue, les trafics liés, les blanchissements financiers, et prône une riposte graduée contre sa consommation accompagnée d’une politique de détournement des drogues à l’attention des mineurs. Il souhaite aussi voir se développer  des programme de sevrage hors et dans la prison.

Retrouvez, ici, la confrontation des prises de positions de Jacques Cheminade avec le questionnaire de l’Institut pour la Justice

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Prison : l’Institut pour la Justice veut développer le travail carcéral

Dans une tribune publiée sur le site Figarovox, Alexis Carré, enseignant à Sciences-Po et doctorant à l’Ecole Normale Supérieure, plaide pour le compte de l’Institut pour la Justice en faveur du travail carcéral qui améliore l’indemnisation des victimes et participe à une meilleure réinsertion des détenus.

Le fonctionnement de la chaîne pénale (police, justice, prison) vise à la protection des victimes et de la société. Elle dispose à ce titre d’une série d’instruments (dissuasion, sanction, réinsertion) lui permettant de détourner les délinquants de leur trajectoire criminelle. Sur ce dernier volet, la politique menée par les gouvernements successifs est un échec. Du fait de la lenteur des procédures, de l’insuffisance des peines prononcées et de leur inapplication, l’incarcération ne parvient pas en l’état à dévier l’itinéraire des délinquants. Face à cette justice impuissante un certain nombre d’entre eux s’endurcissent. Ainsi 5 % d’hypercriminels commettent 50 % des délits et 80 % des crimes. Une solution? Les mettre au travail.

La dernière réforme pénale, initiée par Christiane Taubira, consacre cette conviction que la prison est inefficace et qu’on devrait lui préférer ses alternatives. Certes, quand elles sont envisagées comme un instrument de plus à la disposition du juge, celles-ci peuvent avoir un impact positif. Mais quand elles servent de variable d’ajustement permettant de ne pas construire les places de prison nécessaires à notre sécurité, ces mesures ne sont qu’un écran de fumée. Des cas comme celui d’Adel Kermiche, l’assassin du père Hamel, placé sous surveillance électronique, suffisent à exposer les insuffisances de ces dispositifs en l’absence d’une véritable politique carcérale.

Bien sûr, pour redevenir un instrument efficace entre les mains de la justice la prison se doit d’être réformée. Pour éviter qu’elle ne devienne l’école du crime l’Administration pénitentiaire doit reprendre le contrôle du temps carcéral. Or ces dernières décennies, face à l’insuffisance des moyens, à l’absence de soutien politique et à la multiplication des obstacles judiciaires celle-ci a dû abandonner au bon-vouloir des prisonniers l’occupation de leur temps. À tel point que l’on a vu fleurir sur les réseaux sociaux les vidéos, comme celles tournées aux Baumettes et ailleurs, où les prisonniers, goguenards, apparaissent avec armes, drogues et consoles de jeux.

Si la modernisation des infrastructures est nécessaire il s’agit avant tout du rétablissement de l’autorité de la justice sur les personnes détenues. En témoignent les bâtiments ultra-modernes de la prison de Vivonne, dans la Vienne, qui n’ont pas empêché à la rentrée deux mutineries à la suite dont le coût pourrait s’élever à plusieurs millions d’euros.

L’institut pour la justice voit dans le travail carcéral un instrument privilégié de cette reprise en main des prisons. En effet, il permet à l’Administration Pénitentiaire de structurer le quotidien du détenu autour d’une activité dont l’horizon est le retour à une vie normale. En plus d’occuper du temps dans sa journée, pendant lequel il ne peut pas s’adonner à des activités délictueuses, le travail améliore les chances de réinsertion du prisonnier à sa sortie. Il développe également des habitudes et des compétences, en matière d’horaire, de respect de l’autorité et de collaboration avec des pairs qui font souvent défaut aux délinquants et constituent des obstacles à leur intégration.

Enfin le travail carcéral permet au prisonnier de générer des revenus qui sont cruciaux en vue de sa réinsertion. Une partie de leur salaire sert en effet à l’indemnisation des victimes qui voient ainsi leur souffrance reconnue, et dans une certaine mesure, réparée par le criminel. Une autre partie est placée en vue de constituer un pécule de sortie. Et il lui est aussi possible d’utiliser la partie restante de cette somme afin d’acheter des produits en vente au sein de la prison.

Pour toutes ces raisons le travail carcéral reste l’instrument privilégié du rétablissement de l’autorité publique sur la personne détenue. Il est donc impératif d’augmenter la part des détenus qui travaillent dans nos prisons (20 % en équivalents temps-pleins contre 40 % en Angleterre ou entre 70 et 80 % en Allemagne et aux Pays-Bas).

Lire la tribune d’Alexis Carré sur Figarovox

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Affaire Fillon : Gilles-William Goldnadel défend le droit à critiquer la justice et les médias

Après une semaine marquée par l’affaire François Fillon, Gilles-William Goldnadel, avocat au barreau de Paris et expert associé de l’Institut pour la Justice, défend, dans une tribune publié sur le site Figarovox le droit à critiquer la justice et les médias, comme on critique les autres pouvoirs.

La pensée convenue aura presque réussi à imposer, à coup de matraquage médiatique comminatoire, une sorte d’idée toute faite: il serait interdit de critiquer la presse et la justice, sous peine d’être coupable de reconstitution de ligue populiste et factieuse.

Cet ukase impérieux aura trouvé son point d’acmé le plus sévère dans l’appel solennel de Mme Hidalgo sur Twitter à François Fillon à renoncer au rassemblement du Trocadéro.

La maire socialiste de Paris y voyait en effet «un acte grave de faillite morale et politique qui ne devrait pas avoir droit de cité à Paris».

Dans un message publié sur sa page Facebook, Mme Hidalgo considérait en effet que les soutiens du candidat des Républicains n’avaient «d’autre but que de manifester leur opposition aux magistrats, aux services de police et aux journalistes qui participent depuis plusieurs semaines, chacun à leur niveau et dans son rôle, à faire éclater la vérité». Rien de moins.

Il est piquant de constater, encore que l’observateur soit habitué à cette contradiction consubstantielle à la nature même de la gauche morale, que celle qui demande l’annulation de la manifestation dûment autorisée est la même qui aura toléré sans mot dire les rassemblements quotidiens, illégaux durant l’état d’urgence, des gens qui pensaient la nuit debout aux frais des parisiens, ou de ceux qui encore récemment et violemment voyaient dans chaque policier un raciste sodomite.

Mais laissons l’édile à ses délires et délices et examinons le fond.

Il s’agissait de la décision relaxant les policiers poursuivis pour mise en danger d’autrui dans la triste affaire concernant les malheureux Zyed et Bounia. Le candidat socialiste y voyait du mépris pour les jeunes des quartiers dits populaires. Je ne me souviens pas d’avoir entendu le journaliste ou la maire de Paris protester contre cette atteinte précise à l’indépendance des juges. Il est vrai qu’il ne s’agissait que de l’honneur retrouvé de policiers ayant connu plusieurs années de calvaire médiatique et judiciaire.

Pour le reste, qui pourrait m’indiquer pour quelles raisons morales, seuls les journalistes et les juges, pour qui n’existe déjà aucun véritable contre-pouvoir, et le système qui les régit, seraient incritiquables ou intouchables, à l’instar des vaches sacrées?

On pourrait donc, en permanence, conspuer, cracher, entartrer, gifler, lancer des œufs durs ou pochés, sur le personnel politique, leur offrir un concert de batteries de casseroles nonobstant leur innocence présumée, quand ce n’est pas, de la part de journalistes, souhaiter impunément leur assassinat quand ils sont de droite, américains et démocratiquement élus ; mais il ne serait pas permis de mettre en cause le système juridico-médiatique, lorsqu’on pense qu’il déraille.

Et si, précisément, cette défense de critiquer ce pouvoir et lui seul n’était pas symptomatique du vice de celui qui se prétend forcément vertueux?

Je n’ai fait, dès le début du «Pénélopegate», qu’un seul vrai reproche à François Fillon, que celui-ci, dimanche vient de reconnaître implicitement: avoir accepté de jouer un jeu avec des dés pipés et par avance d’être roulé dans une farine judiciaire et médiatique pétrie spécialement et expéditivement pour lui.

Ainsi, je n’aurais pas le droit de dire que je n’ai aucune confiance dans ces juges tellement aveuglés qu’ils punaisent sur leur mur d’infamie les noms des parents de victimes d’assassinats et de leurs adversaires politiques. Et je n’aurais pas le droit de préciser qu’ils représentent tout de même 25 % des magistrats syndiqués et que c’est parmi eux qu’une certaine ministre de la justice a puisé pour placer ses pions aux endroits stratégiques de la chancellerie et des juridictions?Je ne pourrais pas non plus, sous peine sans doute d’être associé aux Camelots du roi, aux Croix-de-Feu voire à la Cagoule, morigéner cette Juge à l’Application des Peines qui aura, contre l’avis de son parquet, remis en liberté ce délinquant dangereux qui aura depuis commis un terrible crime terroriste. C’est dommage tout de même, car ce magistrat n’encourt aucune autre sanction que cette ingrate autant que stérile admonestation.

Et bien sûr, sauf à sombrer dans la vulgarité, je ne saurais m’étonner de la saisine arbitraire du Parquet National Financier, par voie de dénonciation de presse, qui choisit un François plutôt qu’un Emmanuel sur la base d’un critère que je le mets tout de même au défi de justifier objectivement.

Et seul un esprit tellement tourmenté qu’il faudrait peut-être songer à l’enfermer, pourrait s’étonner de ce hasard cosmique de voir seulement les deux candidats de la droite poursuivis judiciairement, durant cette courte période électorale.

Pas question de m’étonner que la procédure diligentée à l’encontre de Marine Le Pen et de ses collaborateurs ouverte depuis deux ans, aura connu un soudain coup d’accélérateur policier et judiciaire, précisément à deux mois de l’élection présidentielle.

Pas question non plus de médire sans être maudit, à l’inverse, ce calendrier unique dans les annales, qui fait que Fillon François aura été convoqué pour être mis en examen dans le temps record d’un petit mois, tandis que Taubira Christiane aura mis (piètre avocat que je suis) trois années pour voir sa juge et répondre du délit de prise illégale d’intérêts. En toute discrétion médiatique évidemment.

On peut sans doute tout faire au peuple de France. Le désinformer, l’empêcher de se réformer, de défendre son identité, sa culture ou son intégrité. Fausser le jeu démocratique et judiciaire. Tout, sauf le droit de l’empêcher de dire qu’il n’est pas dupe de la duperie d’un procédé et de la duplicité d’un système.

Lire ici la tribune de Gilles-William Goldnadel du Figarovox

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Affaire Fillon : l’Institut pour la Justice s’interroge sur la célérité de la justice

Dans cette tribune publiée sur le site Figarovox, Guillaume Jeanson, porte-parole de l’Institut pour la Justice réagit à l’annonce faite par François Fillon de sa convocation en vue d’une mise en examen le 15 mars prochain, soit à deux jours du dépôt des parrainages pour les candidatures à l’élection présidentielle. Guillaume Jeanson s’interroge sur la célérité de la justice concernant cette affaire et regrette, au regard de précédents, une indépendance de la justice à géométrie variable.

Les scandales entachant la vie politique sont nombreux. Le moment choisi pour les faire éclater souvent opportun. Nombre de carrières se font et se défont au gré de ces «coïncidences» de calendrier. Mais l’affaire Fillon marque un tournant, une gradation. Elle marque un pallier inquiétant pour notre démocratie.

Bien sûr, l’impunité ne saurait être la règle pour les puissants. Bien sûr, la justice doit faire son œuvre. Bien sûr, les citoyens sont en droit d’attendre de ceux qui se présentent à leur suffrage un comportement exemplaire. Ces évidences rappelées ne doivent pas, cependant, nous interdire de nous interroger quant à la soudaineté, à la précipitation et à l’orchestration de ce qui s’apparente, qu’on le veuille ou non, à une magnifique opération de déstabilisation d’une mouvance politique, jusqu’ici fortement pressentie en tête de la prochaine élection présidentielle.

Ce qui frappe, c’est d’abord la rapidité. Le 25 janvier, le Canard Enchaîné publie ses révélations. Le même jour, le parquet financier se saisit de l’affaire sans attendre la réaction de François Fillon. Moins d’un mois après, le 24 février, est ouverte une information judiciaire. Le candidat est convoqué le 15 mars pour être mis en examen, alors que le 17 mars est la date limite retenue pour le dépôt des parrainages et le 20 mars, celle d’un grand débat télévisé.

Alors que selon un sondage CSA – IPJ de février 2013, la lenteur des délais de traitement et de jugement des affaires est le problème de la justice le plus souvent cité par les sondés (63% d’entre eux), la célérité de la justice semble, cette fois-ci, indiscutable. Certes, avant de hurler au complot, l’honnêteté commande de rappeler que François Fillon en avait lui-même émis le souhait et que le parquet financier a certainement tenu à jouer la sécurité devant la promulgation imminente d’une loi réformant les règles de la prescription pénale.

Une comparaison avec une autre affaire, elle aussi largement médiatisée en cette période de campagne électorale, mérite néanmoins d’être relevée: pour les présumés emplois fictifs du Front national, le parquet s’est saisi le 30 mars 2015. Une information judiciaire a été ouverte en décembre 2016 et la mise en examen de Catherine Griset, chef de cabinet de Marine Le Pen, est intervenue le 22 février 2017. Chacun appréciera la différence des délais, mais aussi la similitude de la période choisie pour ces mises en examen.

Ce qui frappe, c’est ensuite le traitement médiatique. Rappelons que la CEDH souligne l’importance du rôle des médias en les baptisant «chiens de garde de la démocratie». A ce sujet, l’ancien Premier président de la Cour d’appel de Paris, Jean-Claude Magendie, également expert auprès de l’Institut pour la Justice, met en garde, dans son livre intitulé Les sept péchés capitaux de la justice française, contre les rapports douteux entretenus par les pouvoirs politiques et médiatiques: «on connaît le risque de prisme déformant de l’image, celui de la manipulation de l’opinion résultant d’une possible collusion (…) du pouvoir médiatique et du pouvoir politique (…) «le chien de garde» peut, si justement l’on n’y prend pas garde, dévorer son maître, et l’on sait que la démocratie peut s’autodétruire.» Difficile ici de ne pas s’interroger devant cette grossière mascarade qui a vu pendant plus d’un mois François Fillon et ses avocats privés d’accès au dossier de cette procédure, devoir néanmoins se défendre face aux assauts d’une presse, elle-même nourrie de manière honteuse par ceux qui avaient manifestement accès à ce même dossier.

Pour la suite de cette affaire, et sans préjuger évidemment de la rectitude des magistrats actuellement saisis, le constat également dressé par Jean-Claude Magendie quant aux relations entretenues entre la presse et certains magistrats ne manque pas lui non plus d’alarmer: «Ce n’est qu’au prix de beaucoup d’hypocrisie que l’on se voile la face sur la collusion entre certains juges et les médias. Les premiers livrent aux seconds des informations couvertes par le secret professionnel, ils reçoivent en contrepartie un soutien tactique de leur action par une promotion médiatique compréhensive de leur démarche. Il ne s’agit rien de moins que d’une instrumentalisation réciproque avec les dangers que cela comporte, chacun pouvant finalement être dupe de l’autre, et le citoyen des deux.»

A cet égard, Jean-Claude Magendie rappelle que le «choix idéologique de rupture avec «l’ordre bourgeois» n’empêcha pas le Syndicat de la Magistrature d’entretenir un certain flou doctrinal lui permettant, lorsque le pouvoir n’avait pas ses faveurs, d’insister sur son manque de légitimité au regard de l’histoire en marche (…), puis, lorsque survint un régime plus conforme à ses vœux, de devenir son relais». Il poursuit: «C’est ainsi que l’on assista, en 1981, à la promotion de nombreux syndiqués dans les allées du pouvoir ou dans la hiérarchie judiciaire. Que le Conseil supérieur de la magistrature fût totalement placé entre les mains d’une proche du président Mitterrand, que tout le fonctionnement de la justice fût verrouillé par l’un des fondateurs du syndicat de la magistrature, bref que la justice fût totalement subordonnée au politique ne gênait plus ceux qui auparavant se faisaient les chantres d’une indépendance quasi mystique.»

Plus récemment, l’ancien Procureur général de Paris, François Falletti a pu relater également, dans son livre intitulé Confidences d’un procureur général de Paris, les rapports parfois étonnants existant entre le politique et le parquet: «on a soutenu (…) que l’entretien que j’avais eu à la chancellerie (…) était un entretien classique. C’est inexact. Si j’ai été convoqué (…) c’était bien afin de «me pousser» fermement à abandonner le poste sensible de procureur général de Paris pour des fonctions moins décisionnelles».

En fonction lors de la création du fameux parquet financier, il raconte avoir appris «par la diffusion générale assurée par le ministère urbi et orbi la proposition, au demeurant légitime, de nommer Eliane Houlette, aux nouvelles fonctions de procureur de la République financier. (…) elle avait été reçue par le garde des Sceaux quelques jours avant cette diffusion, honneur dont je n’avais jamais bénéficié en deux ans. J’étais pourtant doublement concerné par sa mutation: d’abord parce qu’Eliane Houlette faisait partie de l’équipe de mon parquet général, ensuite parce que ce nouveau procureur national financier était placé selon les termes mêmes de la loi, «sous l’autorité» du procureur général de Paris.»

Ces exemples rapportés par ces hauts magistrats sont de nature à nous interpeller. En effet, le respect de la démocratie impose que l’indépendance de la justice ne soit pas à géométrie variable.

Lire ici la tribune de Guillaume Jeanson sur le site Figarovox

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