En installant une situation de guerre entre l’État et certains de ses citoyens, le terrorisme rend inopérantes les catégories habituelles de la justice pénale (par laquelle on traite la violence criminelle) et de la guerre (par laquelle on traite la violence inter-étatique). Ces catégories nous font méconnaître notamment la façon dont les groupes terroristes sous-traitent une grande partie du travail de radicalisation idéologique nécessaire à leur recrutement à des organisations qui sont justement conçues pour rester dans les limites de la légalité.

Pour contourner l’arsenal répressif des démocraties libérales, ces structures légales n’ont souvent qu’à condamner publiquement le terrorisme, tout en s’autorisant, sous couvert de cette légalité, à promouvoir les opinions et les pratiques qui tendent à le rendre excusable, légitime ou souhaitable dans l’esprit de leurs membres.

Ce fondamentalisme « légal » prépare les quelques élus qui franchiront un jour le pas et sèmeront la mort autour d’eux. Il prépare également la constitution d’un écosystème indispensable à l’entreprise terroriste, à savoir une population environnante prête, si ce n’est à soutenir les terroristes, du moins à ne pas les dénoncer aux autorités.

Le passage très rapide et imprévisible de la radicalisation légale à la radicalisation violente et illégale court-circuite sciemment notre système de justice criminelle. Des instruments nouveaux et spécifiques sont donc nécessaires pour combattre en amont le terrorisme islamiste, dans cette zone grise qui profite aujourd’hui d’une légalité formelle dont elle utilise les droits pour chercher à la détruire.