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Qu’est-ce que l’État de droit ?

Retour sur une notion polémique

Une notion revient très souvent aujourd’hui dans les propos de nos hommes politiques, celle d’État de droit. Malheureusement, cette notion est le plus souvent utilisée de manière polémique, pour mettre fin au débat plutôt que pour argumenter, et ce que recouvre ce terme « État de droit » reste indéfini.

Cet usage polémique est fort dommageable parce que l’on peut s’attendre à ce que ces abus finissent, dans un premier temps, par restreindre indûment la réflexion et ainsi nous exposer inutilement à de graves dangers, et, dans un second temps, par discréditer totalement une notion pourtant importante.

Il convient donc d’essayer de mieux cerner ce qu’est l’État de droit. En réalité, le terme recouvre deux idées différentes : il désigne d’une part un État soumis au droit, quel que soit le contenu de ce droit, et d’autre part un État qui respecte certains principes de justice fondamentaux. De la confusion, volontaire ou non, entre ces deux idées, naît l’essentiel de l’obscurité et de la stérilité du débat public au sujet de l’État de droit.

 

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Sortie du sixième numéro de la Revue Française de Criminologie et de Droit Pénal

Le sixième numéro de la Revue Française de Criminologie et de Droit Pénal est paru au mois d’avril 2016. Il contient les contributions suivantes :

  • – Du Conseil supérieur de la magistrature à un Conseil de justice ? Perspectives et conditions d’une réforme du CSM, par Bertrand Mathieu
  • – Le mauvais procès fait aux jurys, par Laurent Lemasson
  • – Pour un antiterrorisme défensif, ciblé et polyvalent, par Maurice Cusson
  • – Terrorisme et autres menaces : faire face à la complexité en situation d’incertitude, par Jean de Maillard
  • – Le Jihâdisme et la vision apocalyptique : Analyse historico-doctrinale d’un risque présent, par Gautier Filardo
  • – Entretien avec Bernard Squarcini à propos du terrorisme
  • – Conséquences économiques de la criminalité : Le cas des crimes et délits qui concernent la famille et la sexualité, par Jacques Bichot

 

Fidèle à sa vocation interdisciplinaire, la Revue Française de Criminologie et de Droit Pénal réunit une nouvelle fois pour son sixième numéro des contributions variées émanant de théoriciens et de praticiens du droit pénal et de la criminologie. Le professeur Bertrand Mathieu analyse les conditions d’une réforme du CSM qui permettrait à celui-ci d’exercer réellement ses fonctions de garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire tout en évitant la constitution d’une magistrature syndicalement autogérée et politisée. Laurent Lemasson examine une étude récente qui prétend montrer l’influence des médias sur les décisions des jurys populaires. Le professeur Jacques Bichot évalue l’ampleur des conséquences économique des crimes et délits qui concernent la famille et la sexualité et montre l’intérêt, tant économique qu’humain, qu’il y aurait à amplifier la lutte contre ces fléaux. La RFCDP consacre par ailleurs un grand dossier à la question du terrorisme, comprenant trois articles et un entretien exclusif par des spécialistes reconnus, qui aborde ce sujet d’une brûlante actualité sous les angles de la criminologie, du droit, de l’histoire, et du renseignement pour à la fois identifier les racines du terrorisme islamiste actuel et proposer des solutions concrètes pour mieux lutter contre ce phénomène.

Vous pouvez commander ce sixième numéro ou vous abonner pour un an en téléchargeant le bon de commande : cliquez ici

Si vous souhaitez en savoir davantage sur la revue, vous pouvez consulter le site internet de la Revue Française de Criminologie et de Droit Pénal : http://www.rfcdp.fr/

Vous pourrez y retrouver les numéros déjà parus avec un accès libre aux résumés des articles publiés ainsi que les modalités de rédaction et de soumission des articles de la revue.

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Maurice Cusson – Pour un antiterrorisme défensif, ciblé et polyvalent

L’article commence par une autopsie des attentats de Grand-Bassam et de Bruxelles. L’antiterrorisme défensif préconisé ici relève de la sécurité intérieure. Défensif, il vise la prévention des attaques et la protection des sites menacés. Il propose une démarche ciblée sur les conditions de réussite d’un attentat en commençant par l’identification systématique des cibles : les terroristes potentiels, leurs armes et les sites à protéger en priorité. Et il préconise un éventail de tactiques incluant la surveillance intensive, l’interception des communications, la mise en défense des cibles, l’interdiction de circulation et le désarmement des malfaiteurs. Il présente des listes de facteurs de risque et de précurseurs d’un attentat terroriste. Il se termine par un projet de protection des villes africaines contre le terrorisme.

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Home-Jacking et légitime défense

Entretien avec Me Thibault de Montbrial

Me Thibault de Montbrial, avocat au barreau de Paris et expert associé à l’Institut pour la Justice, s’exprime au sujet du phénomène du Home-Jacking, c’est-à-dire le vol à main armée contre des particuliers à leur domicile, et explique pourquoi l’augmentation inquiétante de ce type d’agressions devrait amener à modifier le droit français relatif à la légitime défense.

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Justice des mineurs : que faut-il faire ?

Toutes les interventions du colloque en vidéo.

Ouverture par Jean Pradel
Jean Pradel
La société face à la délinquance des mineurs
Yves-Marie Cann
Yves-Marie Cann, directeur des études politiques de l’Institut Élabe.
Les attentes des Français.
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Mohamed Douhane
Mohamed Douhane, commandant de police.
Relever le défi de la délinquance des mineurs.
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Solange et Armel Marins
Solange et Armel Marin, grand-père d’Agnès Marin.
Le regard des victimes sur le fonctionnement de la justice des mineurs.
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Minorité : âge de déraison ?
Serge Lebigot
Serge Lebigot, président de l’association Parents contre la drogue.
L’impact des addictions sur les comportements délinquants.
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Roland Coutanceau
Roland Coutanceau, psychiatre, criminologue, expert national, président de la Ligue Française de Santé Mentale.
Prévention de la délinquance : quelles thérapies ?
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Présentation de l’Institut pour la Justice
Axelle Theillier
Axelle Theillier, Présidente de l’Institut pour la Justice.
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Conclusion de la matinée
Cécile Petit
Cécile Petit, ancienne directrice de la PJJ, ancien juge des enfants, premier avocat général honoraire à la Cour de Cassation.
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Éduquer, surveiller et punir : qui est responsable ?
André Varinard
André Varinard, professeur émérite de droit, juge assesseur autribunal pour enfants de Lyon.
Au delà des mineurs, la responsabilisation des autres acteurs.
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Louis Vogel
Louis Vogel, professeur de droit et avocat, président de la Communauté d’agglomération Melun Val-de-Seine.
Quelle politique locale de sécurité, de protection et de prévention ?
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Quelles réponses à la délinquance des mineurs ?
Céline Berthon
Céline Berthon, secrétaire général du Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN).
Mobiliser l’ensemble des acteurs de la chaîne pénale.
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Kimiko Burton
Kimiko Burton, avocate, directrice du service juridique de la ville de San Francisco, division « Famille » et « Enfance ».
Quels sont les atouts de la justice des mineurs aux USA ?
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Frédéric Carteron
Frédéric Carteron, ancien juge des enfants.
Que faire face aux forces et faiblesses des réponses pénales françaises ?
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Conclusion de la journée
Alexandre Giuglaris
Alexandre Giuglaris, délégué général de l’Institut pour la Justice.
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Prison – Le choix de la raison

10 questions à Dominique Raimbourg, député PS de la 4e circonscription de la Loire-Atlantique, et Stéphane Jacquot, fondateur de l’Association nationale de justice réparatrice (ANJR) et ancien secrétaire national de l’UMP.

À la suite de la parution de leur livre, Prison – le Choix de la Raison, édité par Economica, Dominique Raimbourg et Stéphane Jacquot ont accepté de répondre à quelques questions de l’Institut pour la Justice. L’objectif de ce livre est clair : réfléchir à la « condition pénitentiaire », au sens de la peine et au moyen de lutter contre la récidive en favorisant la réinsertion.

 

1. Dans une interview au Figaro du 14/09/15 un directeur de prison, responsable syndical, déclarait : « les directeurs de prison s’enfuient (…) tant l’attractivité du métier est faible et les conditions de travail intenables. » Partagez-vous ce constat ? Si oui quelles sont, à votre avis, les causes de ce phénomène, et que conviendrait-il de faire pour l’enrayer ?

 

Dominique Raimbourg : Les causes du défaut d’attractivité du métier sont multiples. Il y a tout d’abord le dysfonctionnement général de la chaîne police-justice pénitentiaire dont la charge de travail qui s’est aggravée ces dernières décennies, est trop lourde. Les prisons, et surtout les maisons d’arrêt en subissent les conséquences. On incarcère mal, parfois trop tard, parfois trop vite et surtout au-delà des capacités des maisons d’arrêt qui reçoivent tous les entrants en prison et qui sont les seuls établissements victimes de surpopulation. Cette surpopulation qui est en moyenne de 130 à 140 % pour les maisons d’arrêt retire beaucoup de son sens à la peine et au travail des pénitentiaires. Par ailleurs à responsabilité égale, les salaires des pénitentiaires semblent inférieurs à ceux des autres métiers de la fonction publique. Enfin les pénitentiaires souffrent d’un défaut de considération, dans le public en général, mais également au sein de leur propre ministère, celui de la justice. La plupart des postes de responsabilité sont tenus par des magistrats, que ce soit dans les directions ou bien au cabinet de la ministre. Les remèdes sont simples à décrire et très compliqués à mettre en œuvre en période de disette budgétaire. Il faut augmenter les salaires, permettre aux pénitentiaires d’accéder à des postes de haute responsabilité au sein du ministère et faire baisser la surpopulation en construisant des places de prisons et en diminuant le nombre de détenus. Au sujet des places de prison je défends l’idée qu’il faut se limiter à un nombre de places de 65 000 environ. Cela correspond à un % d’incarcération de 100 détenus pour 100 000 habitants. Il faut trouver des peines en dehors les murs avec un contrôle effectif, serré et visible par l’ensemble de la population pour que ces peines soient acceptées socialement. Contrairement à ce qu’affirment certains, nous ne construirons jamais 23 ou 24 000 places de prisons pour porter le parc à 80 000 places, faute de temps et d’argent.

Stéphane Jacquot : Je partage cet avis. Lors de visites des établissements, j’ai fait le même constat. Il conviendrait avant tout de reconnaître l’administration pénitentiaire comme la 3ème force de sécurité de notre Pays. La reconnaissance institutionnelle des personnels de l’administration pénitentiaire, notamment par la revalorisation de leur statut, est primordiale. Le passage des directeurs des services pénitentiaires (au nombre de seulement 450) en catégorie A+, c’est-à-dire, assimilable à des hauts fonctionnaires, serait un signe fort. En s ‘inspirant de la réforme des corps et carrières de la police nationale, les officiers de l’administration pénitentiaire et les surveillants pourraient eux aussi accéder respectivement à la catégorie A et B des agents de la fonction publique d’Etat. Dans le prolongement, la filière insertion et probation serait également améliorée. Cette revalorisation serait une reconnaissance de l’intérêt social, mais aussi de la difficulté et de la dangerosité des missions qui sont les leurs et permettrait d’instaurer des passerelles vers les métiers de la police et de la gendarmerie afin d’attirer d’autres compétences.

 

2. Le même directeur expliquait : «nous sommes dans une logique où les droits des détenus priment sur leurs obligations. Chacune de nos décisions fait l’objet de recours incessants. » Qu’en pensez-vous ? Vous paraît-il nécessaire de rééquilibrer les droits et les obligations des détenus dans le sens de leurs obligations ?

 

DR & SJ : La détention s’est effectivement judiciarisée. Cette évolution a commencé depuis longtemps. C’est en soi une bonne chose car cela évite l’arbitraire vers lequel tend toute administration. L’effet pervers est que cela contraint à beaucoup d’écriture. Les officiers pénitentiaires sont sans doute absorbés à ces tâches au détriment de l’encadrement des équipes. La question ne paraît pas être un problème de droits et de devoirs, mais un problème d’application des règles. Ici encore rappelons quelques chiffres. Le 1° octobre 2014 par exemple,, il y avait 66 494 détenus. Dans les établissements pour peines, les condamnés à plus de deux ans de prison étaient 18 834 pour 19 580 places opérationnelles, soit 93, 9 détenus pour 100 places. La situation était donc satisfaisante. Dans les maisons d’arrêt 44 721 détenus étaient répartis dans 34 109 places opérationnelles, soit 131, 5 détenus pour 100 places. Les détenus restants étaient répartis dans différents établissements spécialisés. Il est évidement difficile de faire respecter les règles lorsqu’il faut faire dormir 131 détenus dans 100 places.

 

3. On constat qu’il existe aujourd’hui de nombreux trafics en prison : drogue, téléphones portables, armes parfois. Qu’est-ce qui selon vous explique cette situation et que faudrait-il faire pour y mettre fin ? Que pensez-vous des préconisations de Mme la CGLPL sur la question des téléphones portables ?

 

DR : Il faut évidemment lutter contre le trafic d’armes (relativement peu fréquent heureusement). Il faut lutter contre le trafic de haschich (très fréquent), d’alcool (assez fréquent) et de toxiques divers, Subutex et médicaments détournés de leur usage thérapeutique, et drogues diverses. En revanche, il faut faire évoluer la situation pour les téléphones portables, ce qui est complexe. Il faut réussir à autoriser un portable qui ne donne pas accès à internet et réserver l’accès à internet sur des ordinateurs contrôlés. Ce sont désormais des outils nécessaires à toute vie en société. Une expérimentation pourrait commencer dans les centres de semi-liberté où les détenus sortent travailler ou se former dans la journée et disposent alors de leur téléphone mais doivent le laisser au surveillant en rentrant dans le centre, ce qui n’a pas beaucoup de sens (sauf à lutter contre un éventuel racket).

SJ : Renforcer une coordination police/gendarmerie-justice pénitentiaire permettrait de lutter plus efficacement contre les trafics. C’est également en cela que l’on retrouve un manque de considération de l’administration pénitentiaire : il n’y a pas de réelle collaboration entre les services de police et de gendarmerie avec l’administration pénitentiaire. Concernant l’utilisation de téléphones portables en détention je n’y suis pas favorable. La communication téléphonique est déjà permise depuis des appareils fixes dont l’utilisation est payante.

 

4. Bien des responsables pénitentiaires affirment que les surveillants sont « confrontés à des populations pénales de plus en plus agressives et aguerries. » Cela signifie-t-il, selon vous, que les délinquants sont, de manière générale, de plus en plus violents et audacieux, ou bien que désormais seuls les pires délinquants vont en prison et qu’ainsi le personnel pénitentiaire doit faire face à une population plus difficile à gérer ?

 

DR : Je ne suis pas sociologue et j’ai du mal à mesurer si les détenus sont de plus en plus aguerris et de plus en plus agressifs. Cependant il me semble que l’on assiste à l’arrivée en prison de plusieurs populations nouvelles. Ce sont tout d’abord les malades mentaux. Les soins psychiatriques se font aujourd’hui beaucoup en ambulatoire ce qui laisse la possibilité de commettre des délits. Faute de pouvoir interner, les tribunaux incarcèrent. Arrivent ensuite les jeunes délinquants en échec scolaire, professionnel, affectif et amoureux qui multiplient les délits de moyenne gravité pénale mais insupportables pour leur environnement. Ils fournissent la mains d’œuvre du trafic de stupéfiants. Ce sont certainement des populations difficiles à gérer dans une maison d’arrêt, surtout quand vient s’ajouter la radicalisation islamiste de certains.

SJ : Rappelons que l’une des principales missions de la prison est de protéger la Société et de préparer à la réinsertion les personnes détenues. Si l’on considère que la population pénale est de plus en plus «agressives et aguerries», ce facteur est certainement lié à un mélange de détenus par âges et profils psychologiques trop différents. Pour cela, il faut renforcer l’évaluation lors de la prise en charge d’un détenu et de le répartir dans un quartier correspondant à sa personnalité. De la même façon, je suis persuadé que certains condamnés ne devraient pas être incarcérés, à savoir les condamnés à de courtes peines (afin qu’ils ne gardent pas les stigmates de la prison), les toxicomanes (souvent très jeunes), les personnes en situation de handicap mental et les délinquants sexuels qui devraient bénéficier de structures de soins spécialisées.

 

5. Vous proposez de créer un secrétariat d’Etat aux prisons. A quel ministère devrait-il être rattaché, à l’Intérieur ou à la Justice ? Et pourquoi ?

 

DR : Il faut le rattacher au ministère de la Justice et non à l’intérieur. La prison est l’outil de la justice. Les magistrats prononcent les peines et en gèrent les modalités. Ils doivent donc s’intéresser aux flux d’entrants et de sortants et gérer l’exécution des fins de peine hors les murs pour éviter toute surpopulation qui fait perdre son sens à la peine. La création d’un secrétariat d’ Etat, doté de réels pouvoirs, serait l’outil de cette coordination nécessaire entre la justice et la pénitentiaire

SJ : En complément de la réponse de Dominique Raimbourg, partant du principe que l’administration pénitentiaire dispose d’un budget de 3 milliards d’euros par an, la création d’un secrétariat d’État à la Justice délégué aux politiques pénitentiaires est justifiée. Ensuite, les réformes à engager pour rendre l’exécution des peines plus efficaces méritent un impulsion gouvernementale.

 

6. Vous proposez de spécialiser les établissements pénitentiaires par type de peines afin de faciliter le travail des personnels d’insertion et de surveillance. Cependant le type de peine infligée ne reflète pas nécessairement le profil et la dangerosité du criminel incarcéré. Pour prendre un exemple, un Guy George incarcéré pour conduite en état d’ivresse risque de se révéler bien plus dangereux et plus difficile à réinsérer qu’une personne ordinaire ou qu’un petit délinquant condamné pour le même délit. Ne serait-il pas préférable d’essayer de regrouper les détenus selon leur profil judiciaire et leur dangerosité, plutôt que selon la peine prononcée, quitte à le faire par quartier au sein des établissements si spécialiser les établissements s’avérait trop difficile ?

 

DR : Elle est souhaitable de façon pragmatique en multipliant les approches, par la qualification pénale, par les éléments de personnalité…. Elle doit être associé à un parcours pénitentiaire. Elle est complexe car une qualification pénale ne permet pas toujours de comprendre une personnalité. On est un voleur que l’on ait volé un carambar à l’étalage ou 15 voitures. Elle est complexe car il n’existe pas de mesure scientifique de la dangerosité, seulement une approche empirique. Elle est complexe enfin car les prisons n’ont généralement pas le dossier complet de l’entrant en prison, dossier qui arrive plus tard et qui est parfois incomplet.

SJ : Pour ma part, je considère que la cohabitation de personnes détenues incarcérées pour des motifs différents peut être un facteur aggravant de la récidive. Nous proposons de spécialiser des établissements et des quartiers par types de peines, en continuant toutefois d’observer une juste répartition des spécialisations sur l’ensemble du territoire, afin de rendre pérenne le maintien des liens familiaux quand il y en a, mais aussi de pouvoir « dépayser » une personne détenue par rapport au contexte infractionnel initial qu’elle a pu connaître.

 

7. Vous proposez de créer une agence nationale du travail des personnes placées sous main de justice avec un contrat de travail adapté. Que pensez-vous du travail en prison ? Faudrait-il le rendre à nouveau obligatoire ?

 

DR : Le travail manque en prison et tous les volontaires ne peuvent pas être employés. Tout ce qui peur le favoriser est donc le bienvenu. La question du travail obligatoire ne se pose pas, faute de travail suffisant.

SJ : Pour donner un caractère obligatoire à l’activité en prison, il faudrait déjà développer l’offre. L’idée d’une agence part du constat d’un manque d’occupation en détention et de l’insuffisante capacité pour les magistrats de prononcer des TIG. En effet, cette réponse pénale est peu déployée faute d’encadrement et à cause de complexité dans sa mise en place. La création d’une agence nationale de l’activité des personnes placées sous main de justice permettrait l’encadrement du travail en détention, le développement de la formation et inciterait les collectivités locales et les entreprises du bassin d’emploi concerné à faire des offres de mission de travail d’intérêt général.

 

8. Vous proposez de créer une délégation interministérielle d’aide aux victimes sous l’égide du Premier Ministre. Quelles devraient être les missions et les moyens de cette délégation ?

 

DR : L’aide aux victimes a connu un essor remarquable avec la création de la Commission d’indemnisation des victimes (Civi), le Service d’aide aux recouvrement pour les victimes (Sarvi), la création d’un Bureau d’aide aux victimes (Bav) dans la quasi totalité des tribunaux. La création en matière civile d’une action de groupe participe de ce mouvement de défense des victimes. Il faut cependant faire face aux grandes catastrophes. La cellule inter ministérielle a, semble-t-il, bien fonctionné lors des attentats du 13 novembre. La création d’une délégation interministérielle permettrait l’officialisation de cet outil.

SJ : L’aide aux victimes relève de plusieurs champs et nécessite l’action de plusieurs structures de l’Etat. L’exemple d’un accident de transport aérien enjoint de se référer, non plus seulement aux ministères de l’Intérieur, de la justice, sont tout aussi concernées les administrations des transports et des affaires étrangères (si l’accident a lieu à l’étranger). La création d’une délégation interministérielle d’aide aux victimes pourrait améliorer le traitement des victimes. Sa mission, outre de coordonner les actions gouvernementales sur ce sujet, serait de permettre un « guichet unique » de prise en charge d’une victime, quelque soit l’acte qu’il l’a rendu dans cette condition.

 

9. Un directeur d’une maison d’arrêt parisienne a confié récemment au Figaro que « la lutte contre la radicalisation est retombée comme un soufflé et que personne ne s’occupe vraiment de la question ». Cela vous semble-t-il exact ? Derrière les annonces médiatiques à ce sujet, où en est concrètement la lutte contre la radicalisation religieuse en prison ?

 

DR : Je ne partage pas l’avis du directeur de prison disant que personne ne s’occupe de cette question. D’abord cinq quartiers de regroupement de détenus radicalisés ont été ouverts, deux à Fleury Mérogis (91), un à Fresnes (94), un à Osny (95) et un à Lille (59). En outre des expériences de dé radicalisation sont en cours. Ensuite le renseignement pénitentiaire a été considérablement renforcé et une convention de coordination avec L’Uclat (Unité centrale de lutte anti terroriste) a été signée. Enfin le nombre d’aumôniers musulmans défenseurs d’un islam de France, augmente régulièrement et va atteindre les 200 aumôniers. Cela reste certes insuffisant mais ces progrès sont bien là. Sur cette question des aumôniers, je vous renvoie à l’excellent livre de M. Loueslati, L’islam en prison (Bayard).

SJ : Pour rebondir sur les propos de mon collègue, les aumôniers musulmans doivent être des partenaires de la lutte contre la radicalisation en prison. Je défends l’idée de modifier le statut de l’ensemble des aumôniers de prison pour qu’ils soient intégrés aux personnels, à l’image des aumôniers militaires et deviennent ainsi de véritables acteurs de l’administration pénitentiaire.

 

10.Vous proposez de développer la « justice réparatrice. » Pouvez-vous nous préciser votre vision de cette modalité de justice et les espoirs et craintes que l’on peut y placer ?

 

DR : Cela consiste à mettre en contact un auteur de faits criminels ou délictueux avec des victimes du même type de faits, voire ses victimes. C’est encadré par des professionnels de façon à ce que ni la victime, ni l’auteur ne sortent brisés de cette confrontation. C’est pour l’heure statistiquement marginal et réservé à des infractions graves. J’ai vu fonctionner ces expériences à la centrale de Poissy et j’ai pu constater combien c’était positif.

SJ : C’est seulement après avoir été touché par un assassinat que j’ai compris l’intérêt de la justice réparatrice. Cette pratique intervient que si son action est demandée par la victime ou l’auteur, après un procès. Elle est aussi utile lorsque le procès n’a pas suffit à la victime (ou à sa famille) de comprendre le « pourquoi du passage à l’acte». Les victimes sont au cœur de la justice réparatrice puisque la notion même de réparation vient rappeler que la justice a vocation aussi à réparer les torts causés.

Couverture de Prison : le choix de la raison

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La bande à Bonnot : entre crimes crapuleux et idéologie anarchiste

Article écrit par Guillaume Bernard, Maître de conférences (HDR) à l’ICES (Institut Catholique d’Etudes Supérieures)

La sanglante et médiatique épopée des «bandits tragiques» (1911-1912) fut le résultat de la conjonction d’une hypertrophie du moi et de la théorie de la reprise individuelle, fondement de l’anarchisme illégaliste. Au tournant des XIXe et XXe siècles, l’anarchisme s’était, en effet, scindé en divers courants. Si certains s’étaient ralliés à l’action syndicale, d’autres la rejetèrent en s’appuyant sur la formule de Kropotkine : «Tout est bon pour nous qui n’est pas la légalité». En réponse à la société bourgeoise, se développa la théorie de la «reprise individuelle» : l’indigence des miséreux s’expliquant par le vol permanent réalisé à leur détriment par des exploiteurs, voler ces derniers était donc assimilé à de la légitime défense. Ce «droit à la restitution» créa un débat houleux et une profonde fracture au sein du mouvement anarchiste entre ceux qui, comme Sébastien Faure et Le Libertaire, appréhendèrent le vol comme un acte révolutionnaire et ceux qui, à l’instar de Jean Grave et des Temps nouveaux, s’y refusèrent. Il est tentant de ne voir dans la bande à Bonnot que des criminels entendant draper leurs exactions dans les plis du drapeau noir de l’anarchie. Mais, il n’est pas certain qu’il faille balayer d’un revers de main tout idéal. Les illégalistes voulaient vivre, le plus intensément possible, sans attendre les changements sociaux. Issus de la classe sociale laborieuse, ils la jugeaient très durement : lâche devant leurs exploiteurs et incapable d’un sursaut révolutionnaire. Il ne fallait donc rien attendre, selon eux, de l’action politique.

Lire ici le résumé de l’article

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